Avec un peu (beaucoup) de retard, voici enfin le récit de mon séjour à Varanasi (Bénarès).
Après 13 heures de train, me voilà enfin arrivée (train express pourtant !).J’avais très envie de visiter Varanasi depuis mon arrivée en octobre. C’est l’une des villes les plus sacrées dans la religion hindouiste, là où ces derniers viennent brûler leurs morts.
Avec Benjamin, nous nous rendons directement à la Shiva Guest house, située près de Dassaswameth, le ghât principal. Pour information, les ghâts sont les marches sur le bord du Gange, le fleuve sacré. Des hindous de toute l’Inde viennent y effectuer un pèlerinage.
Après une bonne douche, nous décidons de nous promener sur les ghâts (7km de long) c’est très calme et nous croisons peu de touriste. Seul ombre au tableau me concernant, l’harcèlement perpétuels des vendeurs en tout genre, c’est plutôt insupportable.
Nous arrivons au fameux ghâts des crémations et là comme toujours, un homme se prétendant « volontaire » vient à notre rencontre et commence à nous guider sans notre avis. Je ne suis pas très à l’aise car je connais ce genre de pratique et je m’attends au pire à la fin.« je suis volontaire, je veux juste vous expliquez mon travail, je ne demande aucun argent ». Il nous emmène en haut d’un bâtiment afin de voir les crémations. A la fin, il demandera bien entendu une donation (en KG de bois pour les crémations) mais il ne faut RIEN donner. Ces prétendus volontaires garde l’argent pour eux, tout le monde vous le dira (mais peut être trop tard).Ca se voit facilement quand ils vous disent « les photos sont interdites mais si vous voulez, je peux vous aidez à en faire ». Vous trouvez ca normal vous pour un volontaire ?!
Ne pas non plus les laisser faire des pûjâ (prière) où il est demandé une forte donation à la fin. En ce qui me concerne ce n’est qu’une arnaque et vous aurez mieux fait d’aller acheter à manger à un enfants ou autre dans la rue.
Le ghât des crémations
Quelques informations en vrac :
Le Mani Karnika ghât à Varanasi est le site le plus sacré de tout le sous-continent. Y être incinéré signifie pour le défunt la fin du cycle des réincarnations. L'accession directe au Nirvana. Nuits et jours les cadavres ne cessent de s'y consumer sur des dizaines de bûchers.
On rencontre de nombreux hommes rasés avec juste une touffe de cheveux derrière. Il faut savoir que tout homme qui perd un membre proche de sa famille doit se raser de cette manière, donc non, ce n’est pas une coupe de cheveux à la mode, c’est la tradition
Le rasage - Photo prise du site de Ludovic Mercier / Inde du Nord / La mort en Inde
Les femmes n'assistent pas à la crémation. Il est dit que les larmes des femmes seraient un obstacle à la Libération. D’autres m’ont expliqué que les femmes sont trop sensibles et que certaines pourraient se jeter dans le bûcher (suicide)
Une crémation coûte dans les 2000 à 3000 INR (entre 40 et 60 euros). Sur des sites il est écrit qu’il faut environ 60KG de bois pour un corps et que ce dernier mettra entre 2 et 3 heures pour se consumer. Le bois est devenu une denrée rare et chère et on raconte que les plus grosses fortunes de Varanasi appartiennent aux vendeurs de bois.
Stockage du bois
Pesée du bois pour les bûchers
Pour pallier au prix de la crémation, un incinérateur électrique a été construit, mais peu utilisé car ce n’est pas la tradition
Pendant la crémation, le crâne du défunt est brisé, afin de libérer définitivement son esprit.
Lorsque le corps est réduit en cendre, ces dernières sont jetées dans le Gange
Tous les hindous n’ont pas accès à la crémation, seuls ceux qui sont décédés d'une mort naturelle "normale" peuvent prétendre à l'incinération.
Les enfants de moins de 10 ans, les défunts victimes de la variole ou de la lèpre, ainsi que les saddhus et les femmes enceintes ne peuvent pas atteindre à la Libération par le biais de l'incinération. Ceux qui sont morts suite à un accident, une maladie, un meurtre n'ont également pas le droit de brûler le long du fleuve... leurs cadavres ira directement rejoindre les eaux sacrés. Leur mort brutale ne peut être que le fruit d'un mauvais karma... Aussi le salut par la crémation leur est-il refusé.
Les saddhus, déjà assurés d'atteindre à la Libération, n'ont donc pas besoin du feu purificateur et salvateur. Une fois lestés à une pierre, ils sont immergés directement dans les eaux sacrées du Gange.
24/24, des hommes fouillent les cendres pour y trouver de l'or ou de l'argent et le revendre par la suite.Triste travail...
Mes impressions sur les crémations à Varanasi (attention, elles me sont propres et pour ceux qui y sont déjà allés, peut être l’aurez vous vécu différemment).Je m’étais rendu à Pashupatinath et je dois dire que j’ai été plutôt déçue de l’atmosphère régnant à Varanasi. J’ai trouvé que ça faisait industrie et que l’on essaie d’arnaquer et d’agresser les touristes en permanence (on vous somme de ne pas prendre de photos alors que vous n’avez aucun appareil sur vous). Je n’ai pas ressenti les mêmes émotions qu’au Népal…
Suite à cet arrêt aux ghâts des crémations, nous poursuivons notre balade. Très calme, de nombreux enfants se baignent dans le Gange. Si ça n’avez pas été le Gange, ça m’aurait vraiment tenté (chaleur accablante !) On fait des rencontres marrantes (des buffles et des chèvres) et parfois moins (un cadavre flottant tranquillement, des enfants qui vous présentent gentiment des scorpions…) mais bon !
Le midi nous déjeunerons chez un Indien qui nous a offert le couvert (Où est ce que l’on peut trouver un resto sympa avec une terrasse ? « chez moi, je vous invite »). Malheureusement, une fois de plus c’était pour nous vendre de la soie…
Le soir nous assisterons à la traditionnelle prière sur le ghât principal, vraiment magnifique ! puis nous dînerons à la baba guest house, un hôtel paisible et accueillant.
Le lendemain, réveil à 4h30 afin de faire la traditionnel balade en barque. Comme j’avais RDV avec mon belge à 8 pour le petit dej, je me suis de nouveau baladée sur les ghâts. C’est paisible (si on fait abstraction des vendeurs en tout genre qui n’hésite pas à vous harceler dès le matin).
Une barque de Chinois mitraille les hommes et les femmes prenant leur bain
Lavage du linge dans le Gange
Saris qui sèchent sur les bords du Gange
Un enfant pêche dans les cendres
L’après midi, j’ai rencontré des amis de Delhi, plutôt incroyable. Ce fut l’occasion d’échanger sur nos ressentis. La journée passera vite, après avoir dévaliser les vendeurs de « bangels » (bracelets indiens), c’est déjà l’heure du retour.(et pour une fois, je ne suis pas mécontente, deux jours ca m’a largement suffit !)
J’avais un peu peur de me retrouver seule dans le train (1ère fois) mais tous les « quotas touriste » étaient avec moi : Une australienne, un Japonais, un Italien et deux Argentins. C’était très sympa et c’est toujours agréable de parler de l’Inde. Autant les premiers adoraient, autant les Argentins sont tombés de haut quand ils ont su que j’étais la depuis 9 mois. Visiblement ils n’aiment pas trop l’Inde, trop sale, trop bruyant….
Retour sur Delhi à midi après 17h de train, soit 5 heures de retard ! et oui, il ne faut pas être pressée en Inde.
Bilan
Varanasi est une ville à visiter mais je pense que deux jours suffisent largement. J’ai été franchement agacé par les revendeurs en tout genre qui gâchent un peu la tranquillité de la ville. Rien n’est gratuit et on attend de vous une contrepartie pour tout. Vous allez discuter religion avec un jeune, passionnant mais 5 mn plus tard il fera du forcing pour vous emmenez dans son usine…
Attention aux arnaques en tout genre !!! (Prières payantes, donations en tout genre, route fermé donc on ne peut pas vous emmener au bon hôtel etc… Tout ce qui est marqué dans les guides n’est pas forcément exagéré, méfiez vous !)